Tout a commencé il y a une trentaine d’années de cela. J’ai créé un projet de jeu vidéo que j’ai ensuite présenté à d’éventuels éditeurs.
J’ai commencé par assembler ce qu’on appelle la Bible du jeu vidéo, c’est un document de référence complet qui définit tous les aspects de l’univers du jeu, des personnages aux lieux, en passant par les règles du jeu, les interactions possibles, et tout ce qu’une équipe d’artistes et de programmeurs doit savoir pour concevoir le jeu.
Mais au bout d’un certain nombre de changements dans ma vie, il a fallu que je me rende à l’évidence : mon projet ne deviendrait jamais un jeu vidéo. J’étais déçu que ce que j’avais imaginé ne soit jamais partagé.
Puis une idée a commencé à germer dans mon esprit : si je ne disposais pas d’une équipe pour transformer mon projet en jeu vidéo, transposer les aventures des personnages dans un roman ne m’aurait pris que du temps et de la patience.
Je dois avouer que si j’avais su combien de temps j’allais y consacrer, je ne me serais probablement pas lancé dans cette tâche monumentale. Je n’en savais rien et c’est mieux ainsi.
Permettez-moi vous décrire les grandes étapes de cette transformation.
Le cadre de l’histoire, y compris les lieux, les personnages et les objets comme le casque et les cités aquatiques, ont été conservés. Toutefois, certains éléments interactifs du jeu ont été réécrits sous forme de descriptions narratives. Par exemple, certains lieux mystérieux et secrets ont été intégrés dans l’histoire avec plus de détails sur leur architecture et leur fonction. Les descriptions visuelles de ceux-ci sont adaptées pour transmettre l’ambiance, tout en s’ancrant dans une vision immersive.
Dans un jeu vidéo d’aventure, l’identification au personnage principal s’accomplit naturellement puisqu’on l’incarne, littéralement. L’immersion est alors totale. Par contre, dans un roman, c’est un lien émotionnel qui passe par les mots. Mon projet de jeu vidéo, interrompu avant sa maturation, laissait la dimension psychologique de mes personnages souvent inexistante. J’ai dépassé l’aspect purement aventureux, axé sur l’action, pour que leurs états d’âme, dilemmes moraux et transformations internes soient la clé de voûte de toute l’intrigue.
Le récit révèle les effets physiques et émotionnels que ces changements ont sur les gens. Les métamorphoses, qui n’étaient qu’un mécanisme de jeu, sont désormais plus introspectives et philosophiques, soutenues par des transformations physiques et mentales.
Mon univers sous-marin, avec ses peuples et civilisations, était un terrain d’aventure. Il le reste, mais il est abordé de manière plus contemplative avec des descriptions qui se veulent sensorielles et immersives. Parallèlement, l’univers virtuel est devenu une toile de fond propice aux interrogations, notamment sur la mémoire.
L’interactivité s’est métamorphosée en narration du parcours des personnages, remplaçant le mécanisme d’un jeu par l’expression de leurs personnalités. Les événements sont réécrits pour renforcer leurs dilemmes internes, en se concentrant sur les aspects émotionnels des transformations qu’ils subissent.
Les relations entre les personnages sont approfondies pour explorer leurs motivations, leurs secrets et leurs dynamiques. On y explore aussi les rapports entre les différentes espèces ainsi que leurs luttes de pouvoir. J’ai davantage mis en avant la psychologie des personnages, notamment celle de Cléa et de Virgil, pour dévoiler les tensions sous-jacentes à leur relation.
Le final de mon jeu devait ressembler au final d’un film épique. La fin de mon roman est identique, mais elle se focalise sur les implications morales et écologiques des actes ultimes des personnages. Sa toute fin devient une métaphore de la réconciliation avec soi-même, tout en ouvrant la voie à des avenirs incertains.
Le passage à un roman m’a permis de faire évoluer mon récit, le transformant en une exploration des thèmes de l’identité, de la transformation et de la symbiose entre les êtres et la nature. Bien que le cadre et les personnages soient restés constants, le roman offre une vision plus intimiste et réflexive. Il met l’accent sur la résolution de leurs dilemmes personnels dans un univers qui réagit à celle-ci.
Au final, non, je ne regrette vraiment pas mon immersion de 10 ans dans cet univers… j’espère que vous apprécierez, vous aussi, d’y plonger le temps d’une lecture.

